Ils se présentèrent là , devant
vous, leur peau végétale fripée, brunie par le soleil, lavée par les intempéries. Aucun bruit, pas le moindre geste, dans leur raideur de statue. En plongée, façon
japonaise de côtoyer l'élément aquatique. Dressés en caravane, ils manifestaient silencieusement leur désappointement, leur désiillusion à l'égard des humains, qui piétinaient l'herbe de leur
domaine, en envahissant les abords de l'étang.
"Qu'y a-t-il d'autredans ce bas-monde?", s'interrogeaient-ils.
Hokusaï aurait dû leur répondre. Leur affirmer son attachement aux
lignes courbes. Aux protubérences, crées par la nature pour rejeter les
facilités des lignes droites rigides. Témoin Oniwakamaru, le légendaire personnage, combattant la carpe géante. L'eau salvatrice, en tourbillons ancestraux, rappelant
s'il le
fallait,
l'origine de tous les
êtres vivants, dont elle est la mère-mer! Entre cet étang paisible et les remuantes mers, que des liens invisibles ne se tissent-ils
pas?
Les voilà ces
pénitentes, en colonnes serrées. Reprendront-elles d'
autres liens envers ces
rejetons végétaux , lors des dialogues à rebours? Comme sainte Thérèse d'Avila l'avouait avec malice: "
quand il y a des perdrix, on mange des perdrix, et quand c'est
le temps de pénitence on fait pénitence!". Or, l'excès d'imagination, ne fait-il pas mentir à leur insu, les pénitentes, en s'abstinant comme elles le faisaient, de tout
rapport naturel? De leur
rejet de tout corps?
Voyez-vous, nous vivons ce vingt-unième siècle, un peu comme des pénitents qui se refuseraient Ã
dialoguer réellement avec Dame
Nature.
E.C.